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X-Men : Dark Phoenix [Critique]

Publié par Yann GROSYEUX

Concentre-toi sur l’instant présent, ressens, ne pense pas, fie-toi à ton instinct. Cette phrase bien connue des afficionados de Star Wars pourrait s’appliquer également aux fans des X-MEN. J’ai écouté le mien en allant voir DARK PHOENIX ce week-end.

Car… J’aurais pu écouter les critiques ciné, ou les critiques de tous styles d’ailleurs – je suis même étonné qu’au magazine « Très Chasse, Très Pêche », on n’ait pas un avis sur le film – dont le bashing était tel qu’il était alarmant : le pire des films X-Men, absence de scénario, ou d’interprétation de Sophie Turner. J’en ai entendu ou lu tellement que ça a fini par m’interroger, et qu’il fallait que je me rende compte du drame. Ca faisait un bon moment tout de même qu’un film n’avait pas eu le droit à un tel traitement (le dernier en date à ce niveau étant sans doute Justice League).

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X-Men : Dark Phoenix – Image promotionnelle

Après avoir été reporté successivement d’octobre 2018, en mars 2019, X-MEN : DARK PHOENIX est enfin sorti le 5 juin 2019. C’est le 7ème film de la saga X-MEN, et la conclusion des aventures des mutants tels qu’on les connait suite au rachat de la 20th Century Fox par Disney (qui possède également MARVEL STUDIO).

Le film est scénarisé et réalisé par Simon KINBERG, qui est loin d’être un nouveau venu sur le sujet (scénariste de Mr & Mrs Smith, producteur du reboot « X-Men : Le commencement » et « X-Men : Days of future past »). Après « X-MEN : Apocalypse », qui avait été fortement critiqué pour sa débauche d’effets spéciaux sans qu’ils soient au service d’un scénario, Simon KINBERG avait annoncé une approche centrée davantage sur les émotions dans cette seconde adaptation de l’arc du Phoenix Noir des comics.

 

L'histoire

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Les X-Men à la rescousse

Sollicités par le président des Etats-Unis suite une avarie majeure sur la navette spatiale Endeavour, une équipe de X-Men part en mission de sauvetage pour ramener l’équipage. Au cours de la récupération, une force cosmique s’insinue en Jean Grey, la rendant tout à la fois exceptionnellement puissante, mais aussi dangereusement instable. 

De retour sur Terre, les barrières mentales posées par le professeur X pour entraver Jean sont pulvérisées par le pouvoir du Phoenix, rendant Jean incontrôlable et pleine de fureur. Sur le fil, elle tente de juguler ce nouveau pouvoir à l’aide de ses amis, jusqu'à perdre le contrôle de manière dramatique. Amis et ennemis d’hier n’ont d’autre choix que de s’unir pour tenter de sauver Jean et faire face à une menace d’ampleur titanesque.

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X-Men : Dark Phoenix – Jean Grey / Phoenix Noir

Les personnages

Vous connaissez déjà les personnages, et il semble inutile de les présenter ici. Ce qui est intéressant dans cet opus, c’est la manière dont ils nous sont présentés, loin du manichéisme habituel avec lequel ils sont d’habitude traités. C’est en subtilité, en nuance, en ambivalence que presque tous les personnages sont présentés. Ne le cachons pas, c’est là l’une des forces du film.

Si « X-MEN : Days of future past » avait amorcé cette approche – quoique de manière moins subtile – DARK PHOENIX nous livre un Charles Xavier en nuance de gris, tantôt guide et visionnaire, tantôt manipulateur. Le Professeur X est loin du parangon de vertu, et certains actes passés (la manipulation mentale effectuée sur Jean, avec les conséquences qu’elle aura une fois levée) ou présents (comme la mission un rien suicidaire confiée aux X-Men pour être uniquement mieux perçu des humains) auront des conséquences désastreuses. James McAvoy est une nouvelle fois brillant dans la peau de ce personnage. Le film exploitera également pour la dernière fois la relation meilleurs amis / meilleurs ennemis entre Erik et Charles.

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X-Men : Dark Phoenix – Charles Xavier / Professeur X

On a plaisir à retrouver un Magneto qui a quant à lui trouvé une forme de paix, et a rassemblé autour de lui sa confrérie, pas dans une optique de destruction, mais de protection envers la famille qu’il a enfin réuni. La mort d’un être aimé le conduira à vouloir juguler Jean. Michael Fassbender est l’acteur qui pour moi a le mieux intégré son personnage, et ça va être très coton de le recaster celui-là.

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X-Men : Dark Phoenix – Erik Lehnsherr / Magneto

Cyclope fait un peu illusion, mais ça reste de tous les personnages, celui qui aura le plus de potentiel dans un reboot, tant il a été négligé dans les deux sagas. Le Fauve aura également à dépasser une épreuve douloureuse qui le conduira à s’allier avec Magneto pour tuer Jean.

Diablo passera à l’offensive, ce qu’il n’avait jamais fait depuis le reboot : cela laisse voir le potentiel du personnage (davantage cantonné à un rôle défensif ou de moyen de transport jusque-là).

Mystique est sans doute le personnage qui a le plus évolué au cours des films, au point d’être prépondérante dans les interactions qu’elle a avec tous les personnages de la saga (Charles, Erik, Hank, Jean, Tornade). Elle voit Charles avec lucidité, pour ses qualités et ses défauts. C’est elle qui se tourne en dernier lieu vers Jean avant qu’elle sombre, rappelant leur amitié et sa capacité à l’aider. Dernière apparition pour Jennifer Lawrence dans le rôle de la belle en bleu, qui a redonné ses lettres de noblesse au personnage.

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X-Men : Dark Phoenix – Raven Darkholme / Mystique

Jean Grey est loin dans ce film du stéréotype oscillant entre une victime impuissante du Phoenix, et un monstre qui n’est que désir et colère. Sophie Turner présente une belle palette d’émotions : joie, incompréhension, amour, désir, souffrance, colère, et enfin l’espoir. C’est en grande partie par ses yeux que l’on vit le film : sa gentillesse, son amour pour Cyclope, son amitié avec les X-Men, l’invasion d’un pouvoir aussi gigantesque que primaire, la découverte de la réalité sur son passé et sa recherche d’un moyen de protéger les autres d’elle-même. C’est par elle que l’on ressent le film. Je trouve que les critiques envers Sophie Turner ne sont pas justifiées. Ce qu’elle fait passer du personnage retranscrit bien les nuances de la télépathe, et ça m’a plu.

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X-Men : Dark Phoenix – Jean Grey / Phoenix Noir

La prestation de Jessica Chastain (Vuk), en leader des extra-terrestres D’Bari est plutôt convaincante, mais pas déterminante. Convaincante car au regard de ce qui pour moi fait le succès du film – les émotions – elle arrive parfaitement à n’en dégager aucune, sauf à nous faire comprendre qu’elles sont feintes. Pas déterminante, car bien que manipulatrice, elle ne servira que d’exutoire à Jean pour préparer son ascension.

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X-Men : Dark Phoenix – Vuk

La réalisation

Le scénario et la réalisation sont signés par Simon KINBERG, ce qui en fait le premier scénariste / réalisateur de la franchise. L’histoire développée s’appuie de manière libre sur l’arc du Phoenix Noir – comme « X-MEN : L’affrontement final » – en se voulant plus proche des comics. Difficile de résumer cet arc dans un film, mais ça reste une adaptation libre.

C’est sans doute l’un des points faibles du film car le scénario aurait pu être davantage travaillé, plus inclusif de l’œuvre originale (mais où est Lilandra ?). Mais c’est peut-être aussi une force, celle de ne pas avoir croisé trop d’intrigues qu’il n’aurait pas été possible de traiter correctement dans le temps imparti. Car en 2 heures, il n’y a pas de temps mort, pas de place pour le superflu, pas le temps de s’ennuyer. Le film présente une grande force dans son scénario : celle de mettre en avant la psyché des personnages, les dualités, les interactions. Enfin les personnages sont présentés sous leur véritable jour. Les dualités (Charles / Erik, Raven / Hank, Jean / Scott, Juk / Jean) sont mises en avant, et tous ces liens permettent ensuite de distiller les messages forts du film : la résilience, la protection de ceux qu’on aime, la famille qu’on s’est construit, l’espoir.

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X-Men : Dark Phoenix – Funérailles

La seconde force de DARK PHOENIX, c’est que les effets spéciaux sont au service de l’histoire, et pas l’inverse (contrairement à « X-MEN : Apocalypse »). Les plans dans l’espace sont vraiment cleans et réalistes. Le power up de Jean et la force colossale du Phoenix sont parfaitement retranscrits. Certaines scènes sont spectaculaires, et judicieusement chorégraphiées (celle du train, elle envoie vraiment le pâté). Même si ça ne dure que quelques secondes, que les fans l’attendaient, lorsque Jean revêt sa forme du Phoenix : putain, c’est beau.

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X-Men : Dark Phoenix – Jean Grey prend son envol

La troisième chose qui me plait dans ce film, c’est que l’impression qui s’en dégage, c’est qu’il n’en fait pas des caisses tout le temps. De ce point de vue, le réalisateur remplit parfaitement son objectif. Ça laisse de la place pour les émotions. L’ambiance est sombre et lourde – moins que dans « X-Men : Days of future past » – mais pas oppressante. J’aime également plein d’autres petits moments qui renforcent l’empathie que l’on a pour les personnages :

  • Quand Jean, dans un élan de protection, attire à elle la force cosmique pour sauver les X-Men
  • Quand Charles explique à Jean pourquoi son don ne fait pas d’elle une ratée
  • Quand Magneto verse sa larme
  • Quand Jean prend la forme du Phoenix
  • Toutes les références aux précédents opus

Dans les points faibles que j’ai pu relever, on a forcément l’incohérence un peu regrettable que dans « X-Men : Apocalypse », Jean a déjà le pouvoir du Phoenix en elle. Le reste, c'est trois fois rien innocent.

Musiques & Génériques

Comme c’est souvent le cas en ce qui me concerne, l’un des facteurs (X) qui m’a très rapidement connecté au film, c’est la bande originale signée par HANS ZIMMER. Le Boss du genre signe toute la bande originale (pas un petit titre, toute la B.O.).

C’est compliqué de t’expliquer pourquoi je pense que c’est une très bonne bande originale (au même titre que celle de « Captain America : Winter Soldier »), alors je vais me contenter de dire qu’elle démultiplie l’effet émotionnel des scènes, qu’elle possède un thème qui accompagne le film de bout en bout, et que quand il faut benh ça envoie le pâté hein.

J’ai évidemment mon petit top 3 laughing avec dans l’ordre de préférence : « Intimate », « Insertion », « Reckless ».

 

 

Tu pourras également retrouver le titre « Extraordinary Being » d'EMELI SANDE qui a servi à la promotion du film, et dont on te parlait en début de mois dans la playlist OO de juin 2019.

 

 

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X-Men : Dark Phoenix – Bande originale (OST)

Mon avis

Si je te dis 3 fois 1000 fois que je t’aime, tu le croiras hein. Si tu lis partout qu’un film est mauvais, parce que sa sortie a plusieurs fois été reportée, qu’il a fait l’objet de reshoot, que le scénario a été réécrit en cours de route, que de toute façon celle qui joue l’héroïne ne sait faire passer aucune émotion, que c’est la fin de la franchise telle que tu la connais, et que ce n’est tout simplement pas encore tiré du MCU, alors c’est sans aucun doute un mauvais film. Après tout, toutes les critiques le disent non ? Mon avis est tout autre.

Ce film est loin d’être le navet décrit. Je vois une prise de risque : aborder un film de super-héros sous l’angle psychologique, sans pour autant sacrifier à l’action. Je vois un film qui a sans doute été pensé en deux parties, et qui a dû être retaillé suite à la vente du studio auquel la franchise appartient, alors scénario ajusté en cours de route. Je vois une date de sortie recalée par le studio pour éviter de tomber en même temps qu’un film de James Cameron que la Fox a produit également (tu sais le même qu’Avatar, Titanic, le mec devant qui tu t’aplatis quand t’es un studio). Je vois que ce décalage a entraîné une sortie du film après « Captain Marvel » alors qu’il était prévu de sortir avant, et que trop de plans d’une super-héroïne en feu, ça faisait réchauffé, alors reshoot. Je vois que ce décalage l’a conduit à sortir après « Avengers : End Game », alors que s’il avait été vu avant et pas après, le prisme d’analyse aurait sans doute été différent.

 

 

Scénario
7/10
Casting
8/10
Réalisation
7/10
Musique
9/10

3.8

Bien
 3.8
En résumé

Ce film n’est pas pour moi une fin au rabais de la saga initiée par « X-Men : Le commencement ». C’est même l’un des premiers opus à exposer autant la psyché des personnages et leurs interactions émotionnelles. Il n’est pas parfait au regard d’un fan inconditionnel des comics qui se sentira floué de 90% de l’histoire liée à cet arc. Il n’est peut-être pas parfait pour les critiques, pour toutes les raisons décrites plus haut. Il va être un gâchis financier assez important, mais à qui le doit-on ? Je ne peux que te conseiller d’aller le voir, parce que sincèrement, c’est un bon film : il raconte une histoire intéressante et dramatique, elle est très bien mise en scène, il y a des rebondissements, des effets de haut niveau.

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