Le Consentement (Vanessa Springora)
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Le Consentement (Vanessa Springora)

Publié par Gelik

Aujourd'hui, j'ai choisi de te proposer mon avis sur le livre dont tout le monde parle en ce moment. Il relate la relation sulfureuse entre V (Vanessa Springora) à l’âge de quatorze ans et G (Gabriel Matzneff) de trente-six ans son aîné. (édition grasset, 2020).

 

Le pitch

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin « impérieux » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme.

Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.

« Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu'au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

Plus de trente ans après les faits, Vanessa Springora livre ce texte fulgurant, d’une sidérante lucidité, écrit dans une langue remarquable. Elle y dépeint un processus de manipulation psychique implacable et l’ambiguïté effrayante dans laquelle est placée la victime consentante, amoureuse. Mais au-delà de son histoire individuelle, elle questionne aussi les dérives d’une époque, et la complaisance d’un milieu aveuglé par le talent et la célébrité.

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Couverture du livre « Le Consentement »

Mon avis

Vanessa Springora livre un témoignage délicat en proposant une succession de constats plutôt que des descriptions tendancieuses de ce qu’elle a vécu. On peut sentir la distance qu’elle a mise avec son passé en évitant tout sentimentalisme. Pourtant elle était amoureuse. Elle a eu envie de cet homme mais de cela, elle n’en parle presque pas. Elle raconte sans voyeurisme ni romance cette relation qu’elle décrit comme avoir subi.

A-t-on vraiment le choix à quatorze ans ? Telle est l’une des questions que pose ce roman. Elle évoque sans détour les mœurs très légères d’une époque post soixante-huitarde qui ne réfléchissait pas beaucoup aux conséquences de ses actes. Personne n’interviendra pour faire cesser sa relation avec cet homme même quand elle décroche du système scolaire. Aucun secours n’est venu alors elle a dû s’en sortir seule.

Mais s’en est-elle vraiment sortie ? Là est la seconde question de ce roman. Par-delà les mots, on peut sentir la colère et l’exaspération sourdre de ces lignes, elle qui continue de voir son bourreau encensé par le monde littéraire dans lequel elle travaille.

Dans l’émission Quotidien avec Yann Barthès, Vanessa Springora en promotion pour son livre, évoqua en larme cette relation et surtout l’image que le livre pourrait renvoyer d’elle à son fils âgé de quatorze ans aujourd'hui. Ces émotions qu’elle a montré à l’écran reflètent assez bien l’état d’esprit du livre. Elle semble toujours dans l’attente de briser l’emprise que cet homme a encore sur elle et il semble qu’elle n’y soit pas parvenue. A la fois touchant et dérangeant, le récit inquiète tout autant. Peut-on préserver nos enfants d’un manipulateur aussi habile et tenace ?

En résumé, ce livre nous poussent à essayer de comprendre comment tout cela a-t-il put arriver sans que l’on ne puisse répondre à cette question mais il se lit d’une traite alors lisez-le pour voir que cela existe, pour ne pas rester dans l’ignorance ou dans l’indifférence, comme toute une génération avant la nôtre.

 

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