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Saint Laurent

Publié par Yann GROSYEUX

Saint Laurent est un film biographique français coécrit et réalisé par Jalil Lespert, sorti en 2014. Il retrace la période 1967 - 1976, et la rencontre de l'un des plus grands couturiers de tous les temps avec une décennie libre. Aucun des deux n’en sortira intact.

«Saint Laurent» de Bertrand Bonello, avec Gaspard Ulliel dans la peau du couturier, arrive quelques mois après le «Yves Saint Laurent» de Jalil Lespert avec Pierre Niney dans le rôle titre. Loin du biopic classique, une sublime plongée dans la tête d'un créateur de génie, travaillé par l'ivresse et la mélancolie, hanté par des fantômes.

 

On le sait, c'est le deuxième film sorti en quelques mois sur la vie d'Yves Saint Laurent après le biopic hyperclassique réalisé par Jalil Lespert, dans les salles en janvier dernier, ayant réuni plus de 1,6 million de spectateurs en France. La version Bonello est réalisée sans aucune aide du compagnon et partenaire historique de Yves Saint Laurent, Pierre Bergé, hostile au projet.

 

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A fortiori, une vraie question se pose : quel intérêt d'aller voir un film qui raconte exactement la même chose? En fait, il ne faudrait pas se poser cette question. Saint Laurent ne montre donc pas comment Saint Laurent est devenu Saint Laurent, mais ce qu'il lui en coûte d'être Saint Laurent. C'est juste une question de point de vue et ça suffit à faire la différence.


Bertrand Bonello a concentré son scénario de 1967 à 1976, la "décennie la plus riche, la plus intéressante en terme de mode, de vie". Ainsi, il a construit son film sur deux palettes et donc deux facettes (l'intériorité torturée et l'image publique, la perte et le contrôle): celle de la lumière, de la couleur, côté création, défilé et fêtes délirantes, et puis celle de l'obscurité, de la noirceur pour l'enfoncement dans la dépression et la dépendance. Un split screen résume cette idée en opposant des images d'archive montrant les convulsions politiques de l'époque, en France et dans le monde entier, et les robes de différentes collections. Avant de mélanger ces oxymores à la fin, dans un tourbillon magnifique, un flou artistique d'une puissance de feu.

 

Yves Saint Laurent écrira avoir mené un combat de l'élégance et de la beauté qui passe par bien des angoisses et des enfers. Entre temps, la drogue, l'alcool, les nuits à chasser dans les lieux de drague homo sont devenus les compagnons de tourment du couturier. Coup de foudre avec Pierre Bergé (Jérémie Rénier) qui s'occupe du business - les seules scènes où YSL/Ulliel n'apparaît pas -, en prend pour son grade et à qui Bonello s'adresse indirectement lors d'une séquence où YSL/Ulliel, face au miroir, dit, en plaisantant à son reflet : «Je t'aime Pierre mais je ne suis pas ton mouton».

 

YSL tombe ensuite sous le charme vénéneux de Jacques de Bascher (Louis Garrel, troublant), à l'époque amant de Karl Lagerfeld. Autour de lui, se retrouvent toutes les muses et amies du couturier Léa Seydoux (qui campe Loulou de la Falaise), Aymeline Valade (Betty Catroux) et Amira Casar (Anne-Marie Munoz).

 

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Vous pensiez Gaspard Ulliel uniquement bon à jouer dans des pubs toutes bleues? Oubliez tout ce que vous pensiez savoir de lui. Vous ne le verrez plus de la même façon après l'avoir vu ici, possédé, magnifié, donnant son âme et son corps (au sens littéral). Il y a quelque chose de sublime dans la manière dont Ulliel, tout en pose divaesque, s'offre, se met au service de Saint Laurent et donne enfin à voir la pleine mesure de son talent. Séduit par cette "odyssée dans la tête d'un créateur, un vrai film sur le processus créatif" plutôt qu'un biopic, l'acteur a restitué toute la complexité de Saint Laurent.

 

Il faut saluer l'intuition de Bertrand Bonello qui a cru en Ulliel dès le départ et qui, au-delà de la ressemblance physique, a perçu l'envie de l'acteur de détruire une image de play-boy sans aspérité. La même intuition qui lui a donné envie de confier le rôle d'Yves Saint Laurent plus âgé à Helmut Berger, icône Dandy des années 70, héros destroy des Damnés de Luchino Visconti qui, depuis, a un peu perdu la boule. Cela donne lieu à une idée de génie, probablement l'un des plus beaux plans du film, où Berger, plongé dans le noir, incarnant un Yves Saint Laurent au crépuscule dans sa vie, entouré de magazines People et effrayé par le monde extérieur, regarde un extrait des Damnés à la télévision et pleure en silence.

 

 

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