Pour capter ou conserver leur part de marché, les éditeurs bataillent dur pour maintenir des solutions e-commerce open source attractives. Que proposeront-ils en 2015 ?


Le e-commerce en France dépassera pour la première fois cette année la barre des 60 milliards d'euros, et les 160 000 boutiques (source FEVAD). Rien que pour la période des fêtes, le e-commerce représentera 8,5 milliards d'euros (source CRR). 

 

Les solutions open-source, afin de propulser ces magasins en ligne, sont légions : les vénérables (OSCommerce, ZenCart), les plus utilisées (Prestashop, Magento), ou les détournées (Virtuemart, WooCommerce). La problématique de ces plateformes est d'assurer un développement de qualité, des fonctionnalités variées, et de nouvelles versions régulières.

 

Pour les leaders du marché – et si les roadmaps tiennent leur promesse – nous assisterons à la sortie de Magento 2, et à de nouvelles fonctionnalités sous Prestashop.

 

Magento

Après un retard considérable – initialement planifiée début 2013 – Magento devrait accoucher de sa release 2 au cours de l'année 2015. La version beta est disponible sur GitHub, et la release candidate est attendue pour mars 2015. Pour la version finale, on peut espérer une sortie entre juillet et septembre 2015 en fonction des différents retours. 

 

Magento existe en deux versions : communautaire (gratuit) ou entreprise (15 550 $ la licence annuelle), et représente un formidable outil pour faire des affaires. Il est flexible, robuste, et dispose d'une couverture fonctionnelle riche. Si cette dernière n'était pas suffisante, les éditeurs tiers sont nombreux à proposer modules et thèmes graphiques.

 

Néanmoins, cette solution est loin d'être exempte de tout reproche : 

  • exagérément consommatrice en ressources, elle nécessitera un serveur dédié pour exprimer son potentiel, sous peine de temps de réponse particulièrement lents
  • la complexité du code, et parfois des surcharges
  • le positionnement des différents éléments via les layout assez lourd

 

La release 2 va corriger certains de ces problèmes - par une refonte complète de l'architecture – et apporter des modifications intéressantes :

  • La recherche des performances a été au cœur de cette nouvelle version : refactoring du code, diminution du nombre et optimisations des requêtes 
  • La plateforme continuera à utiliser le Zend Framework (et exploitera des modules de la version 2 : Di, ServiceManager ou I18n)
  • Intégration de nouveaux outils de tests : unitaires avec PHPUnit, mais également de vérification des performances
  • Abandon de la classe Mage au profit d’un ObjectManager
  • Regroupement des templates et layout dans les modules
  • Utilisation d'intercepteurs à la place des events
  • Les templates fournis par Magento seront en HTML5 et CSS3

 

D'un point de vue purement technique, Magento 2 supportera enfin les bases de données Microsoft SQL Server et Oracle, ainsi que les versions 5.4 de PHP et 5.6 de MySQL. Autre évolution attendue, on dira au revoir à prototype et script.aculo.us, qui seront – judicieusement – remplacés par jQuery

 

Au chapitre des points noirs, on notera qu'il n'y aura pas de rétro-compatibilité des versions 1.x avec la nouvelle version (ça vaut pour les modules, mais également pour la reprise des données !). Et là on se dit que c'est quand même très limite... L'autre déception concerne la couverture fonctionnelle qui n'évoluera pas dans cette version. Il y a fort à parier que compte-tenu du retard, les équipes se soient concentrées sur les aspects purement techniques. Il faudra donc patienter pour de nouvelles fonctionnalités.

 

Pour finir, un support pour les versions 1.x sera garanti durant 3 ans à compter de la sortie de Magento 2.

 

Prestashop

Leader français des solutions e-commerce open source, avec une part de marché de près de 50%, Prestashop a connu cette année la sortie d'une release majeure : la version 1.6.

 

Cette solution est souvent mise en opposition à Magento, en partant du principe que Prestashop ne se réduirait qu'à gérer des sites de faible envergure - catalogue, visiteurs, CA - et que Magento serait capable de gérer des milliers de produits. Notre vision des choses est beaucoup moins tranchée...  

 

Avec près de 200 000 boutiques actives (source Prestashop), Prestashop s'est imposé en France pour plusieurs raisons :

  • sa facilité de mise en oeuvre et l'intuitivité de son back-office
  • un temps d'affichage rapide des pages, 
  • un catalogue de produits souple et efficace, 
  • une palette complète d’outils marketing,
  • sa communauté de développeurs

 

La version 1.6 a été l'occasion d'une remise à plat de l'interface (front-office / back-office), avec :

  • un design épuré, personnalisable et responsive pour le front, intégrant un nouveau menu riche, une amélioration du panier pour afficher au survol un résumé avec toutes les informations essentielles (prix, quantité, attributs…)
  • un nouveau dashboard (responsive lui aussi) permettant de visualiser d'un coup d'œil et en temps réel : les commandes en cours, le panier moyen, le nombre de visites, le taux de conversion ainsi que la marge nette. 

 

Le cross-selling est également de la partie, sous forme de suggestions de produits lors de la confirmation d'ajout d'un article au panier. Côté produits, les clients ont désormais la possibilité d'ajouter des commentaires, facilitant la réassurance auprès d'acheteurs potentiels. 

 

L'un des points sur lequel Prestashop risque de faire mal à la concurrence dans les prochains mois concerne le lancement de sa solution e-commerce cloud. Annoncée à l’occasion du salon e-commerce à Paris, elle n'est encore qu'à l'état de version bêta, mais elle est prometteuse. Sa particularité ? Elle est gratuite, et comprend l'hébergement – assuré par OVH – et la solution e-commerce ! Bien que dans le cloud, les thèmes restent personnalisables, et des plugins peuvent être ajoutés grâce à la marketplace de Prestashop.

 

Ce qui est intéressant, c'est que l'on risque d'assister à la démocratisation d'un nouveau modèle : n'importe qui pourra lancer son e-commerce, le tout gratuitement. L'initiative est originale et permettra de renforcer le leadership de Prestashop en France, mais également de développer sa notoriété et ses parts de marché à l'étranger. Magento – avec son offre Magento GO – s'était lui aussi essayé au cloud, mais payant. Victime de la rationalisation des offres eBay, il fermera bientôt ses portes.

 

Enfin pour être complet, Prestashop a quelque chose sous le coude qui sera dévoilé courant janvier. Nous vous tiendrons informés dès que l'annonce sera officialisée... mais d'ici là : chut ! laughing

 

Yann GROSYEUX

À propos de Yann GROSYEUX

Après 8 ans passés chez LVMH sur des problématiques SAP et HelpDesk, j'ai été grignoté par le virus du web! E-Commerce, sites institutionnels, intranets : ces sujets me passionnent. Oreros-Online est né de cette passion, et constitue un support de partage pour mes autres addictions : l'univers de l'animé, la musique, le cinéma et les séries. Bonne lecture !